[Remparts de Lune d’Argent]
Lioness était très inquiète.
Les remparts de Lune d’Argent avaient été durement mis à mal pendant son absence. Elle sentait les énergies des combattants de son peuple, toujours vivaces, derrière les murs de la cité des elfes… Mais les défenses de la citadelle s’affaiblissaient de plus en plus, sous les assauts répétés des morts-vivants.
Tandis qu’elle courait en direction de la porte principale de Lune d’Argent, ignorant totalement les créatures qui tentaient sans pouvoir ne serait-ce que l’effleurer de lui barrer le passage, Lioness vit une gerbe de feu et de pierres voler plusieurs dizaines de mètres au-dessus d’elle, pour s’écraser sur les remparts, dans un sourd grondement.
Des catapultes, songea-t-elle en jetant brièvement un œil sur l’endroit dont le projectile était parti. Ces morts-vivants étaient redoutablement organisés.
Derrière elle, l’étrange chasseuse qui l’avait attaquée quelques temps plus tôt la suivait avec résolution, ayant semblait-il (dieu merci) compris que Lune d’Argent serait au moins pour elle un asile temporaire. Son loup galopait à ses côtés, portant toujours l’infortunée Solarian qui n’avait toujours pas repris conscience.
Néanmoins, elle le craignait, cet asile ne serait que très temporaire, à ce rythme-là.
Elle espérait que les Saigneurs Ecarlates réussiraient rapidement à atteindre Naxxramass. Car ce n’était pas la présence de machines de guerre des morts-vivants qui inquiétaient le plus la Matriarche.
Elle sentait autour d’elle des énergies maléfiques bien plus puissantes que les misérables combattants qui essayaient sans succès de l’arrêter.
En un sens, Lioness était presque heureuse qu’Oniri lui ait désobéie. Au moins, elle avait Arràgon à ses côtés pour veiller sur elle. Le « paladin » saurait la protéger. Lioness savait qu’il ne révèlerait sa véritable identité que s’il n’y avait vraiment aucune autre solution, car cela attirerait immanquablement l’attention d’autres créatures malfaisantes… Elle espérait sincèrement qu’il puisse conserver secrètes les prodigieuses révélations qu’il avait faites ce jour-là, à Mortholme.
Lioness leva les yeux. Du haut de la Porte de Lune d’Argent, Liadrin surplombait la scène. Les deux sœurs reconnurent avec joie leurs auras, avant que la Matriarche de la Tour Ouest ne hurle à ses troupes d’entrouvrir le portail pour permettre à Lioness et ses compagnes de s’engouffrer à l’abri des murs de Lune d’Argent.
Ce faisant, Lioness n’avait cependant pas vu la menace. Elle ne comprit qu’en entendant Liadrin hurler « Attention !!! » tandis qu’une aura menaçante flamboyait soudain dans son dos.
Lioness se retourna d’un bond, pour découvrir la chasseuse trolle qui, ayant fait de son corps un rempart pour la paladin, se tenait le bras, couvert de sang et d’où dépassait le manche d’un poignard dont Lioness sentit immédiatement les rayonnements runiques. Devant elles se tenait le propriétaire de l’arme qui avait blessé la trollesse : un mort-vivant à l’air ténébreux, harnaché dans une sinistre armure luisante ornée de crânes grimaçants. Son visage était dissimulé par une capuche sombre qui lui recouvrait la tête entière. Seule ressortait de l’abysse noire qui lui tenait lieu de visage la lueur diabolique de son regard de damné. Dans la main gauche, il tenait le même poignard que celui qui était fiché dans le bras de la trollesse.
En voyant cette arme aux pulsations malsaines, Lioness comprit que la chasseuse lui avait vraisemblablement sauvé la vie : une telle lame aurait percé son aura sainte.
Une voix basse et menaçante sortit de la capuche noire.
« Où croyez-vous aller si vite ? »
Etrangement, les morts-vivants les avaient encerclées, mais ne semblaient plus vouloir les attaquer. Ils contemplaient l’agresseur en silence, avec un respect qui fit froid dans le dos à la paladin.
De son côté, la trollesse tentait d’arracher l’arme de son bras, serrant les dents sous l’effet de la douleur.
Un reflet métallique au niveau du poignard attira soudain l’attention de Lioness. En concentrant ses sens, elle distingua un fil d’acier fin comme un cheveu, qui reliait le manche de la lame aux mains de leur assaillant, et comprit avec horreur quelles techniques devait manier leur assaillant. Un Tisse-Acier !!! Lioness, l’une des rares elfes à avoir vu ces redoutables techniques de combat à l’œuvre, ne put s’empêcher de frémir, songeant aux carnages qu’elles avaient provoqué avant que le Haut Conseil ne décide de les interdire. Qui donc pouvait être leur adversaire pour maîtriser des secrets pareils ?
Et soudain, Lioness se rappela de la terrible histoire que leur avait contée la tauren Knakette, peu après l’arrivée des Saigneurs Ecarlates à Lune d’Argent.
Et elle sut qui était leur ennemi.
« Ainsi c’est toi, Wodo… » murmura-t-elle.
Le rire guttural du mort-vivant lui confirma qu’elle avait raison.
La réponse de la Matriarche ne se fit pas attendre. Ses yeux flamboyèrent lorsqu’elle brisa le fil d’acier en invoquant son feu sacré, à l’instant précis où le mort-vivant en face d’eux esquissait le geste de rappeler à lui son arme, ce qui aurait purement et simplement tranché le bras de la chasseuse en même temps.
Déséquilibré, le mort-vivant partit en arrière, laissant juste assez de temps à Lioness pour crier à sa compagne : « Vite !!! Entrez dans Lune d’Argent !!! Je vais essayer de le retenir !!! ».
La trollesse, heureusement, oublia un instant sa rivalité avec Lioness, comprenant que la situation était extrêmement grave, et obtempéra. Elle se rua vers la Porte de Lune d’Argent, évitant les griffes des morts-vivants qui tentaient sans succès de les agripper, elle, son loup et Solarian.
Lioness, de son côté, s’était retournée pour faire face au terrible voleur, l’ancien serviteur de Sylvanas Windrunner. Derrière lui, les rangs de ses soldats s’étaient resserrés et avançaient sur elle, menaçants. La paladin comprit qu’elle n’avait pas la moindre chance de s’en sortir.
Soudain, une explosion lumineuse éblouit tous les morts-vivants, qui hurlèrent de surprise et de colère.
Lioness, reconnaissant l’aura bienveillante de sa sœur, réagit en un éclair, passant elle aussi le barrage des morts-vivants tandis que du haut des remparts, Dame Liadrin faisait à son tour la démonstration de ses impressionnantes capacités à manier le Sceau de Lumière.
Wodo, aveuglé, lança au hasard le poignard qui lui restait avec un cri de fureur, refusant de voir sa proie lui échapper. L’arme frôla la tête de la paladin et se planta en vibrant dans le bois renforcé de la Porte de Lune d’Argent, juste avant que celle-ci ne se referme en toute hâte.
Sauvée ! songea Lioness avec soulagement, tentant de reprendre son souffle tandis que les soldats renforçaient de leur mieux les barricades érigées à la hâte.
Nombre d’entre eux regardaient d’un air peu amène la chasseuse trolle, qui les toisait elle-même avec défi. Lioness vit, un peu plus loin, deux soldats qui emportaient Solarian en direction de la Flèche.
Lioness, inquiète, voulut les suivre, mais la trollesse s’interposa.
Les deux femmes se défièrent un moment du regard, sans rien dire.
Puis, la chasseuse parla.
« Tu m’as sauvé la vie, elfe, dit-elle avec dignité. Moi, Azena, je ne l’oublierai pas. »
Lioness, qui connaissait quelques-unes des étranges coutumes des peuples trolls à force de les avoir combattus, savait que le nom d’un troll était extrêmement précieux pour lui. En fait, les trolls ne révélaient leurs noms qu’à ceux qu’ils considéraient comme de réels alliés.
D’un geste, elle cicatrisa la profonde blessure au bras de la chasseuse, puis esquissa le signe de paix des Elfes en s’inclinant légèrement. Elle répondit d’une voix empreinte de la même dignité que sa compagne :
« Sois la bienvenue à Lune d’Argent, chasseuse Azena. Je suis Dame Lioness, Matriarche de la Tour Est. Moi non plus, je n’oublierai pas que tu m’as aidée à sauver l’astromancienne Solarian.
Suis-moi, amie. Je vais te mener au Seigneur Vol’Jin. »
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Un bon mort vivant est un mort. Vivant.
Et inversement.
Enfin je crois.
